Signifiants / Signifiés - Une lecture topologique | Benoît Le Bouteiller
Signifiants / Signifiés -Une lecture topologique Incidences théoriques et cliniques | Benoît Le Bouteiller (France/Brésil)
Une lecture topologique
Incidences théoriques et cliniques
Benoît Le Bouteiller (France/Brésil)
Il existe, au cœur de la théorie psychanalytique, une question à la fois fondamentale et souvent traitée trop rapidement : celle du rapport entre le signifiant et le signifié. Un rapport que Lacan hérite de Saussure, mais qu’il reconfigure radicalement.
Cette conférence se propose d’aller plus loin dans la compréhension de ce point theorique si precieux dans la clinique. Pour cela nous allons em faire une lecture topologique et voir comment fonctionnent le signifiant et le signifié dans um entrelacs borroméen.
Une idée simple, et pourtant…
L’idée de départ est simple. Supposons que les signifiants, les éléments de base du langage tels qu’ils circulent et s’articulent dans le discours, se déplacent sur la surface externe d’un tore, cette figure géométrique en forme de chambre à air ou de boudin. Supposons, de même, que les signifiés, ces effets de sens fuyants qui ne coïncident jamais tout à fait avec les mots qui les portent, circulent, eux, sur la surface interne du même tore.
Cette idée, pour simple qu’elle paraisse, ouvre un espace de pensée considérable. Elle permet de donner une forme concrète à l’algòrithme lacanien, ce S sur s, séparé par la barre, en faisant de la paroi même du tore la matérialisation de cette barre. La résistance du sens ne serait plus un concept abstrait, mais une épaisseur, une surface que ni le signifiant ni le signifié ne peuvent franchir seuls.
Pas besoin d’être mathématicien.ne pour sentir la topologie
La topologie est souvent perçue comme une discipline réservée aux mathématicien.nes. Cette conférence fait le pari inverse : les objets topologiques peuvent être ressentis, manipulés mentalement, habités, sans qu’il soit nécessaire de maîtriser une seule formule. Ce qui nous intéresse ici n’est pas la démonstration, mais l’intuition : sentir ce que signifie qu’une surface ait un dedans et un dehors, comprendre ce qui se passe lorsque deux espaces se froissent l’un contre l’autre ou lorsqu’une surface se retourne.
Un effort particulier sera fait tout au long de la conférence pour que chaque notion topologique soit introduite lentement, illustrée par des images, des gestes, des analogies du quotidien. L’objectif est que le public reparte non pas avec un savoir mathématique, mais avec une façon nouvelle de voir ce qui se passe dans une cure.
Quatre modèles, un seul objet
La conférence développera quatre modélisations distinctes du lien entre la circulation des signifiants (face externe) et celle des signifiés (face interne) du tore symbolique. Chacune de ces modélisations éclaire un aspect différent de la vie du sujet dans le langage, et ouvre sur des questions cliniques spécifiques.
Les enroulements différentiels
Le tore se laisse parcourir selon des chemins qui s’enroulent de façons diverses autour de ses « trous ». Cette propriété permet de penser la manière dont un sujet organise, selon une loi propre et souvent invisible, la relation entre ce qu’il dit et ce qu’il ressent. La répétition n’est pas un hasard : elle est l’expression d’une structure de lien entre signifiant et signifié, qui tourne en boucle selon une trajectoire définie.
La projection déformante
La surface externe du tore peut projeter son chemin sur la surface interne, mais cette projection n’est jamais neutre : elle passe nécessairement par la lentille du fantasme. Ce modèle permet de penser comment le sujet « voit » les signifiants du monde à travers l’optique déformante de sa construction inconsciente, et comment deux sujets peuvent entendre les mêmes mots et n’y trouver jamais le même sens.
Les tunnels et les points de capiton
Il arrive que le sens se fixe, ponctuellement, comme si une petite perforation dans la paroi du tore mettait en contact direct un signifiant et un signifié. S’agit-t-il de ce que Lacan appelait le point de capiton? Ces ancrages, rares et précieux, peuvent être rigides et tyranniques, ou bien éphémères et libérateurs. La densité et la qualité de ces points de contact dessinent en profondeur la structure subjective en mouvement d’un sujet.
Le chiffonnage — acte et événement
Lorsque l’on froisse le tore, des points de ses deux surfaces que tout séparait se retrouvent soudain en contact par la seule contingence du pli. C’est peut-être là que se loge l’acte analytique dans ce qu’il a de plus vif : non pas interpréter (ajouter du sens au sens), mais participer au froissement du tissu du discours pour y faire émerger des voisinages improbables, des rencontres que la structure seule n’aurait jamais produites.
La clinique pour ancrer la théorie
Au long de la conference, des cas cliniques viendront illustrer chacun de ces modèles. Non comme des preuves ou des démonstrations, mais comme des mises à l’épreuve : est-ce que cela fait sens cliniquement ? Est-ce que cela aide à penser ce qu’on entend dans la cure, ce qui se noue et se dénoue dans le discours d’un patient ?
On verra, par exemple, comment la répétition symptomatique peut être lue comme une loi d’enroulement rigide entre deux surfaces ; comment le fantasme filtre et déforme systématiquement la réception des signifiants de l’Autre ; comment certaines interventions cliniques — une scansion, un silence, une équivoque, un mot simplement relancé — peuvent fonctionner comme des gestes de froissement sur le tore du discours, provoquant des connexions inattendues entre ce que le sujet dit et ce qu’il ressent.
Pour qui cette conférence ?
Cette conférence s’adresse à toute personne — clinicien, étudiant, praticien en formation, lecteur de Lacan, curieux de psychanalyse — qui souhaite explorer une nouvelle façon de penser la relation entre le signifiant et le signifié. Aucune formation mathématique n’est requise. Un intérêt pour la rigueur théorique, associé à un goût pour les idées un peu exigeantes, suffit.
La topologie n’est pas une métaphore. Elle n’est pas non plus une technique. Elle est ici un outil pour penser : un moyen de donner une forme à ce qui, dans la cure, reste souvent indicible ou trop vite recouvert par des catégories cliniques fixées. Ce que la conférence offre, c’est un espace pour habiter autrement ces questions, avec rigueur mais sans solennité.
Intervenant
Benoît Le Bouteiller est psychanalyste et chercheur. Ses travaux portent sur l’articulation entre la psychanalyse d’orientation lacanienne, la topologie et les enjeux cliniques et éthiques de la pratique contemporaine.
Signifiants / Signifiés -Une lecture topologique Incidences théoriques et cliniques | Benoît Le Bouteiller (France/Brésil)
Une lecture topologique
Incidences théoriques et cliniques
Benoît Le Bouteiller (France/Brésil)
Il existe, au cœur de la théorie psychanalytique, une question à la fois fondamentale et souvent traitée trop rapidement : celle du rapport entre le signifiant et le signifié. Un rapport que Lacan hérite de Saussure, mais qu’il reconfigure radicalement.
Cette conférence se propose d’aller plus loin dans la compréhension de ce point theorique si precieux dans la clinique. Pour cela nous allons em faire une lecture topologique et voir comment fonctionnent le signifiant et le signifié dans um entrelacs borroméen.
Une idée simple, et pourtant…
L’idée de départ est simple. Supposons que les signifiants, les éléments de base du langage tels qu’ils circulent et s’articulent dans le discours, se déplacent sur la surface externe d’un tore, cette figure géométrique en forme de chambre à air ou de boudin. Supposons, de même, que les signifiés, ces effets de sens fuyants qui ne coïncident jamais tout à fait avec les mots qui les portent, circulent, eux, sur la surface interne du même tore.
Cette idée, pour simple qu’elle paraisse, ouvre un espace de pensée considérable. Elle permet de donner une forme concrète à l’algòrithme lacanien, ce S sur s, séparé par la barre, en faisant de la paroi même du tore la matérialisation de cette barre. La résistance du sens ne serait plus un concept abstrait, mais une épaisseur, une surface que ni le signifiant ni le signifié ne peuvent franchir seuls.
Pas besoin d’être mathématicien.ne pour sentir la topologie
La topologie est souvent perçue comme une discipline réservée aux mathématicien.nes. Cette conférence fait le pari inverse : les objets topologiques peuvent être ressentis, manipulés mentalement, habités, sans qu’il soit nécessaire de maîtriser une seule formule. Ce qui nous intéresse ici n’est pas la démonstration, mais l’intuition : sentir ce que signifie qu’une surface ait un dedans et un dehors, comprendre ce qui se passe lorsque deux espaces se froissent l’un contre l’autre ou lorsqu’une surface se retourne.
Un effort particulier sera fait tout au long de la conférence pour que chaque notion topologique soit introduite lentement, illustrée par des images, des gestes, des analogies du quotidien. L’objectif est que le public reparte non pas avec un savoir mathématique, mais avec une façon nouvelle de voir ce qui se passe dans une cure.
Quatre modèles, un seul objet
La conférence développera quatre modélisations distinctes du lien entre la circulation des signifiants (face externe) et celle des signifiés (face interne) du tore symbolique. Chacune de ces modélisations éclaire un aspect différent de la vie du sujet dans le langage, et ouvre sur des questions cliniques spécifiques.
Les enroulements différentiels
Le tore se laisse parcourir selon des chemins qui s’enroulent de façons diverses autour de ses « trous ». Cette propriété permet de penser la manière dont un sujet organise, selon une loi propre et souvent invisible, la relation entre ce qu’il dit et ce qu’il ressent. La répétition n’est pas un hasard : elle est l’expression d’une structure de lien entre signifiant et signifié, qui tourne en boucle selon une trajectoire définie.
La projection déformante
La surface externe du tore peut projeter son chemin sur la surface interne, mais cette projection n’est jamais neutre : elle passe nécessairement par la lentille du fantasme. Ce modèle permet de penser comment le sujet « voit » les signifiants du monde à travers l’optique déformante de sa construction inconsciente, et comment deux sujets peuvent entendre les mêmes mots et n’y trouver jamais le même sens.
Les tunnels et les points de capiton
Il arrive que le sens se fixe, ponctuellement, comme si une petite perforation dans la paroi du tore mettait en contact direct un signifiant et un signifié. S’agit-t-il de ce que Lacan appelait le point de capiton? Ces ancrages, rares et précieux, peuvent être rigides et tyranniques, ou bien éphémères et libérateurs. La densité et la qualité de ces points de contact dessinent en profondeur la structure subjective en mouvement d’un sujet.
Le chiffonnage — acte et événement
Lorsque l’on froisse le tore, des points de ses deux surfaces que tout séparait se retrouvent soudain en contact par la seule contingence du pli. C’est peut-être là que se loge l’acte analytique dans ce qu’il a de plus vif : non pas interpréter (ajouter du sens au sens), mais participer au froissement du tissu du discours pour y faire émerger des voisinages improbables, des rencontres que la structure seule n’aurait jamais produites.
La clinique pour ancrer la théorie
Au long de la conference, des cas cliniques viendront illustrer chacun de ces modèles. Non comme des preuves ou des démonstrations, mais comme des mises à l’épreuve : est-ce que cela fait sens cliniquement ? Est-ce que cela aide à penser ce qu’on entend dans la cure, ce qui se noue et se dénoue dans le discours d’un patient ?
On verra, par exemple, comment la répétition symptomatique peut être lue comme une loi d’enroulement rigide entre deux surfaces ; comment le fantasme filtre et déforme systématiquement la réception des signifiants de l’Autre ; comment certaines interventions cliniques — une scansion, un silence, une équivoque, un mot simplement relancé — peuvent fonctionner comme des gestes de froissement sur le tore du discours, provoquant des connexions inattendues entre ce que le sujet dit et ce qu’il ressent.
Pour qui cette conférence ?
Cette conférence s’adresse à toute personne — clinicien, étudiant, praticien en formation, lecteur de Lacan, curieux de psychanalyse — qui souhaite explorer une nouvelle façon de penser la relation entre le signifiant et le signifié. Aucune formation mathématique n’est requise. Un intérêt pour la rigueur théorique, associé à un goût pour les idées un peu exigeantes, suffit.
La topologie n’est pas une métaphore. Elle n’est pas non plus une technique. Elle est ici un outil pour penser : un moyen de donner une forme à ce qui, dans la cure, reste souvent indicible ou trop vite recouvert par des catégories cliniques fixées. Ce que la conférence offre, c’est un espace pour habiter autrement ces questions, avec rigueur mais sans solennité.
Intervenant
Benoît Le Bouteiller est psychanalyste et chercheur. Ses travaux portent sur l’articulation entre la psychanalyse d’orientation lacanienne, la topologie et les enjeux cliniques et éthiques de la pratique contemporaine.
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